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mardi 29 avril 2014

Milunka Savić, héroïne de guerre serbe et femme militaire la plus décorée de la Première Guerre Mondiale



Portrait de Milunka Savic
Si l'on se rappelle du rôle décisif des femmes qui ont participé activement à l'effort de guerre durant la Première Guerre Mondiale en tant qu'infirmières ou cantinières, on entend très peu parler des femmes qui se sont retrouvées sur le front comme combattantes. Bien que la présence de femmes combattantes était exceptionnelle étant donné que les forces armées de l'époque ne les admettaient pas dans leurs rangs, certaines femmes ont fait exception et il est important de partager leurs histoires. L'un de ces oiseaux rares se nomme Milunka Savić, femme serbe à la carrière militaire des plus impressionnantes. 

Se faire passer pour un homme afin de joindre l'armée n'est pas un cliché de fiction

Si l'on ne connaît pas les raisons exactes pour lesquelles Slavić s'est engagée dans l'armée en 1913 (patriotisme? goût de l'aventure? ou pour remplacer son frère malade?), ont en connaît néanmoins les circonstances. Alors âgée de 22 ans, elle se fait passer pour un homme, se coupant les cheveux et adoptant le nom de Milun Slavić. Elle participe à la Seconde Guerre Balkanique et obtient le grade de caporal suite à ses prouesses durant la bataille de Bregalnica mais très vite, le subterfuge est révélé au grand jour alors que, blessée, elle est examinée dans un hôpital sur le front.
Milunka Savić standing in front of the camera wearing her uniform
Milunka Slavic se faisant passer pour un homme
Confus, son commandant lui propose de rejoindre l'unité infirmière où les femmes étaient admises. Refusant d'accepter un poste autre qu'au sein d'une unité combattante, elle lui répond en ces termes : "Je sais que je suis une femme, mais j'en suis une qui a passé ces dernières années à se battre sur le front. Les balles ont frôlé mes oreilles et les grenades m'ont piqué les bras." Le commandant consent à "réfléchir à la question". Slavić répond alors "j'attendrai". A peine une heure après, on lui accorde le droit de servir sur le front et elle est promue au rang de sergent. L'armée serbe ne voulait tout simplement pas se débarrasser d'un si bon élément simplement à cause des normes sociales.
Si ce travestissement rappelle la légende chinoise de Hua Mulan, il est intéressant de noter que de nombreuses femmes telles que Fatima des spahis, Dorothy Lauwrence, Hannah Snell, Cathay Williams ou Phoebe Hessel (voir la liste Wikipédia) y avaient également eu recours afin de prendre les armes aux cotés d'hommes. Les histoires de femmes se faisant passer pour des hommes durant les guerres se sont donc pas de l'ordre du mythe ou du topos littéraire mais découlent de faits historiques, certes isolés, mais bien existants tout au long de l'Histoire.

Des décorations prestigieuses récompensant des exploits militaires impressionnants

Milunka Savić memorial in Jošanička Banja in Serbia
Monument à la mémoire de Milunka Savic
 érigé dans les années 90 à Jošanička Banja
Les exploits militaires de Milunka Savić sont nombreux. Lors de la bataille de Kolubara, elle capture une vingtaine de soldats allemands. Durant la bataille de Crna Bend, ce sont 23 soldats bulgares qu'elle capture à elle seule. N'ayant peur de rien, Savić est connue pour ses attaques presque suicidaires en traversant le no man's land jusqu'au front adverse pour jeter des grenades et se battre avec sa baïonnette. Elle obtient en récompense pour ses prouesses la médaille de l'Ordre de l'Etoile de Karageorge, la plus haute distinction militaire serbe, deux fois, la Légion d'Honneur française, deux fois également mais aussi d'autres décorations.
En effet, lorsque les forces serbes se sont affaiblies, elles furent intégrées à elles de l'armée française. Une anecdote raconte que l'un officier français refusant de croire qu'une femme pût être un aussi bon soldat aurait lancé un défi à Savić: afin de lui faire prouver son agilité, il plaça une bouteille de Cognac de 25 ans d'âge à plus de 40 mètres, Savić devant l'atteindre avec une grenade. Elle toucha la bouteille de son premier jet. 

Une vie difficile après la Première Guerre Mondiale

Comme elle avait été intégrée dans l'armée française, on lui proposa de venir vivre en France et d'y recevoir une pension, ce qu'elle refusa. Elle reçu également comme pension militaire un terrain où elle s'installa au Nord de la Serbie. Elle y éleva seule sa fille (son mari l'ayant quittée) mais également trois orphelins qu'elle pu adopter et nourrir grâce à sa pension militaire. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, elle dirigea un petit hôpital et s'occupa des blessés. Pour cette raison, elle fut envoyée dans un camp de prisonniers par les Allemands. Elle était sur le point d'être exécutée lorsqu'un officier Allemand reconnu son nom dans la liste des prisonniers et la fit libérer. Une fois le conflit terminé, ses ennuis ne l'étaient pas pour autant. Sous le régime de Tito, elle perdit ses avantages de militaire et dût travailler comme femme de ménage car illettrée. A sa mort, elle reçut néanmoins un enterrement avec les honneurs militaires.

Source:
http://ahistoryblog.com/2013/04/16/milunka-savic-1888-1973-woman-warrior/

mardi 25 mars 2014

France 1900, quelle place pour la femme militaire ?

Aujourd'hui, je vous propose un article écrit par Frédéric Pineau du blog des Françaises sous l'uniforme et qui m'a été gentillement prêté pour ce blog. "France 1900, quelle place pour la femme militaire ?" analyse le rôle de la femme militaire au début du XXe siècle ainsi que l'image plurielle qui lui a été attribuée. En effet, ces femmes ont pu être perçues comme fortes, symboliques mais aussi contre-nature et sexuelles.

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Représentation satirique de la femme
 officier, fin 19e-début 20e. (coll. Pineau)
Dans le passionnant ouvrage, paru en 1905, du docteur Legrand, médecin-major au 3e régiment de dragons, L'Assistance féminine en temps de guerre, nous pouvons lire avec stupéfaction "le  courage physique, l'audace qui mènent à la lutte ne sont pas l'apanage exclusif du sexe fort ;  l'aptitude belliqueuse de la femmes s'est révélée en maintes occasions, par sa participation directe au  combat ; elle se manifeste à l'état rudimentaire, dans la parodie guerrière du crêpage du chignon et  peut s'épanouir, en tout son éclat, en poussant les initiatives féminines aux héroïques entreprises."  Si de nos jours pareils propos peuvent nous paraitre banals, il n'en est rien pour l'époque. Des  termes qui montrent une large ouverture et une réelle liberté de ton pour un militaire d'autant  plus de la cavalerie, arme ô combien traditionnelle. Cependant Legrand affirme, par l'exemple,  que la "participation habituelle des femmes aux actes mêmes de la bataille parait toutefois être  demeurée spécifique aux peuples dans l'enfance", ce que l'auteur qualifie de "période héroïque du féminisme militaire", que Jeanne d'Arc, Jeanne Hachette, les femmes soldats de la révolution et les  quelques combattantes de la guerre de 1870-1871 viendront clore. En effet, l'auteur à raison, ces épopées féminines "ne cadrent plus avec le sort réservé à la femme dans les sociétés constituées",  occidentales et bourgeoises, à mesure que s'élèvent la pression des idées morales et religieuses. 

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L'hybride, entre poilu et cantinière.
 Il fallait l'inventer... la poiluse ! (coll. Pineau)
En ce début du 20e siècle "l'assistance féminine en temps de guerre" est donc à définir, d'autant  plus que les sociétés de la Croix-Rouge française se développent et que les cantinières sont en train  de disparaitre. Des femmes armées ? Impensable. C'est, bien entendu, la délicatesse et l'altruisme  qui intéressent chez la femme : "la femmes est entraînée vers les oeuvres d'assistance aux blessés  militaires par sa nature éprise d'enthousiasme et de dévouement. Aller vers la souffrance dans  le décor des fins de bataille, dispenser la douceur après la violence des luttes : c'est réaliser les  rêves de son imagination et les aspirations de sa charité." Les velléités guerrières de la femme  moderne ont donc aux yeux de Legrand une dimension imaginaire dans l'esprit de ces dernières  à laquelle il faut répondre par l'obtention d'un rôle charitable. Car, "en effet, l'organisme féminin  n'est pas adapté par la nature aux secousses rudes et continues des luttes violentes". C'est donc en  s'appuyant sur des notions biologiques, physiques, que Legrand met un terme à toute possibilité  d'une participation combattante des femmes en temps de guerre. Nous sommes donc loin du  choix des rois du Dahomey qui firent des femmes, les Agolledjes, le corps d'élite de leur armée. 

Dotées d'uniformes, armées de fusils, de machettes ou de casse-tête, enrégimentées, ces dernières combattent d'ailleurs nos troupes coloniales lors des campagnes du Dahomey de 1890 puis de 1892  à 1894, affrontant même les hommes de la Légion dans de violents corps à corps. "Leur vigueur,  leur agilité et leur bravoure étonnèrent" les militaires qui se trouvèrent face à elles. 

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Femme représentant Jeanne d'Arc, 1935. (coll. Pineau)
Femme représentant Jeanne d'Arc, 1935. (coll. Pineau)La femme combattante en France est donc un fait impensable, considéré comme une farce de  mauvais gout à la limite de l'érotisme voire de la pornographie. La presse comme la carte postale  n'y voient qu'un travestissement qui portera atteinte aux bonnes moeurs. La guerrière a donc sa  place dans la légende antique (Walkyries, Amazones, déesses, etc.). Il est toujours plus facile de  magnifier le passé que de répondre au présent... Terminons par ces quelques lignes empruntées au  colonel Romain dans Les Guerrières, paru en 1931 : "C'est dans l'imaginaire qu'est l'enthousiasme, c'est dans le coeur qu'est le dévouement. Les femmes sont donc plus naturellement héroïques  que les héros. Et, quand cet héroïsme doit aller jusqu'au merveilleux, c'est d'une femme qu'il faut  attendre le miracle. Les hommes s'arrêteraient à la vertu." Des propos à méditer ?


Article écrit par Frédéric Pineau