vendredi 6 juin 2014

Andrée Peel l'agent Rose : résistante et héroïne de la Seconde Guerre Mondiale

Il y a aujourd'hui 70 ans, les Forces Alliées débarquèrent en Normandie. Je profite donc de cet anniversaire pour vous parler d'une figure de la résistance, Andrée Peel.

Portrait de jeunesse d'Andrée Virot,
son nom de jeune fille
Moins nombreuses que chez les partisans grecs ou espagnols, les résistantes françaises ont néanmoins accompli des actes de bravoure décisifs. Andrée Peel, surnommée l'Agent Rose, a pour sa part sauvé la vie de 102 jeunes soldats et aviateurs et aura aidé plus de 20 000 autres Alliés.

WW2 heroine Andree Peel poses with the medals she won during her time as a French resistance fighter codename Agent Rose.
Andrée Peel posant avec ses nombreuses décorations

Activités au sein de la Résistance

Lorsque la Seconde Guerre Mondiale s'étend jusqu'en France, Andrée Virot a 35 ans et tient un salon de beauté à Brest. Lorsque les troupes allemandes arrivent jusqu'à sa ville, elle commet son premier acte de résistance en cachant des soldats français et en leur fournissant des vêtements civils qu'elle récupère en toquant aux portes de ses voisins. Quelque temps après, elle entend le fameux discours de Charles de Gaulle le 18 juin 1940. Le Général, depuis la radio de Londres, appelle les Français à prendre les armes contre les nazis. Elle commence alors avec des amis à distribuer clandestinement des journaux et livrets. Enthousiaste, elle s'engage corps et âme dans la Résistance en prenant en charge des missions de plus grande ampleur.  Elle prend les commandes d'une sous-section de l'organisation et joue le rôle d'informatrice auprès des troupes anglaises en leur fournissant de nombreuses indications concernant les mouvements navals des Allemands dans le port de Brest ainsi que des rapports militaires et des informations sur les déploiements de la Wehrmacht. Suite à ses actions, l'Agent Rose (son nom de code) reçoit une lettre de remerciements personnels de la part de Winston Churchill , qu'elle détruit après l'avoir lue. Mais son plus remarquable exploit est encore à venir. Avec son groupe, elle prend en charge l'organisation de pistes d'atterrissage pour l'aviation britannique et américaine.À l'aide de torches, son équipe guide les avions venus déposer et récupérer les aviateurs. Ces opérations ont permis  le sauvetage de 102 fugitifs selon les historiens.

Capturée par les nazis

En 1944, sentant le débarquement des Alliés imminent, les Allemands renforcent la sécurité et la surveillance de la population. Un résistant du groupe de l'Agent Rose est capturé et la dénonce. Suspecte, Andrée Virot s'exile à Paris et change d'identité. Malheureusement, la Gestapo l'arrête 3 jours après le débarquement des Alliés. Elle est soumise à la torture: noyade, chocs électriques et passage à tabac. Les séquelles de ces sévices la poursuivra toute sa vie durant.
Puis, elle est envoyée au camp de concentration de Ravensbrück, un camp réservé aux femmes.Elle échappe de justesse à la chambre à gaz grâce à l'aide d'une Polonaise qui avait subtilisé le numéro de Virot de la liste des prochaines détenues à être gazées.  Elle survit à Ravensbrück, contrairement à 90 000 autres détenues.Elle découvrira plus tard que les cendres des victimes étaient vendues aux fermiers de la région comme engrais.
L'entrée du camp de Buchenwald
L'Armée Rouge avançant, les détenues sont transférées à Buchenwald où elle jouit de conditions de vie un peu meilleure. Elle rentre en contact avec des prisonniers de guerre français travaillant dans les champs aux alentours et ces derniers réussissent à envoyer plusieurs lettres de sa part destinées à sa famille. Ces améliorations ne sont que de courtes durées: en avril 1945, sentant la défaite approcher, les Allemands décident de se débarrasser des preuves et donc des détenus. Andrée Virot et tous les autres sont alignés contre un mur, prêts à être fusillés. Virot ne doute pas un seul instant du sort qu'on lui réserve: elle savait que quelques instants avant elle, d'autres prisonniers avaient été exécutés par balle et même avec un lance-flamme. Tout à coup, des tirs se font entendre au loin. Un bataillon américain vient de prendre le camp et elle est libérée, échappant une fois de plus à une mort certaine.

Après la guerre

Libérée du camp de Buchenwald, Virot rentre à Brest. Découvrant que son père et son frère étaient décédés durant sa captivité, elle retourne à Paris. Elle y gère un restaurant et rencontre son futur mari, John Peel, un étudiant britannique de 20 ans son cadet. Elle déménage avec lui pour l'Angleterre, dans un village près de Bristol. Bien qu'Andrée Peel souffre toujours de douleurs physiques et est tourmentée par les souvenirs du camp de concentration, elle est animée par une énergie positive, voire même curative. Un jour, elle pose ses mains sur la jambe d'une femme ayant fait une chute et une guérison semble se produire, du moins Peel en est persuadée. Ce qui est sûr, c'est qu'elle a toujours semblé être en mission. "Mon chemin vers l'avenir s'est ouvert devant moi comme si j'étais guidée par une force divine". Andrée Peel n'a jamais perdu espoir même dans les heures les plus sombres. "Nous défendions la liberté. C'est une chose extrêmement précieuse c'est seulement lorsqu'elle nous est enlevée que l'on réalise son importance." Pour ses actes de bravoure, elle reçoit de nombreuses distinctions anglaises, américaines et françaises comme la Croix de Guerre et la Légion d'Honneur. En 1999, elle écrit un livre afin de transmettre la mémoire des prisonniers des camps qui n'ont jamais pu rentrer chez eux, intitulé "Miracles Do Happen". Le 5 mars 2010, Andrée Peel décède, alors âgée de 105 ans.

Sources:
http://www.telegraph.co.uk/news/obituaries/7407992/Andre-Peel.html
http://www.independent.co.uk/news/obituaries/andree-peel-french-resistance-fighter-who-helped-allied-airmen-evade-capture-in-occupied-europe-1936038.html
http://www.ouest-france.fr/andree-peel-lagent-rose-nest-plus-549909



mercredi 21 mai 2014

Les moniales bouddhistes du temple de Songdhammakalhyani : un combat spirituel et social

Il m'arrive de tomber sur un article si intéressant que cela serait vraiment dommage de ne pas partager l'information par la seule peur de trop s'écarter du sujet initial du blog. Les femmes moines bouddhistes du temple de Songdhammakalhyani sont, par leur mission pacifique et spirituelle, diamétralement à l'opposé des femmes guerrières que je vous présente régulièrement mais il est sûr qu'elles ont le même courage que ces dernières. Aussi, elles ont leur combat à elles : restaurer l'ordre des Bhikkhunis, un ordre monastique bouddhiste exclusivement féminin qui avait disparu au fil du temps.

The Rise of Buddhist Feminism?
Des moniales thaïlandaises de
l'ordre des Bhikkhunis dans le jardin du monastère.

L'origine des Bhikkhunis, ordre monastique bouddhiste féminin

Selon la tradition bouddhiste, le Bouddha aurait créé au Ve ou VIe siècle l'ordre des Bhikkunis 5 ans après avoir fondé l'ordre des Bhikkus, c'est à dire celui des moines masculins que l'on connait tous.  La première femme que le Bouddha aurait ordonné fut sa mère adoptive et tante maternelle, Mahaprajapati Gautami. Néanmoins, les Bhikkunis restèrent moins nombreuses que leurs homologues masculins, notamment par le fait que l'ordination est plus longue et plus complexe. Une femme doit tout d'abord obtenir le consentement de sa famille et de son mari, elle doit également servir en tant que novice plus longtemps que les hommes et son ordination nécessite la présence de deux moines des deux sexes alors que les Bhikkus n'ont pas besoin des Bhikkunis pour cela. Selon le courant bouddhiste et selon les lois en vigueur (celles-ci étant changeantes au fil du temps mais aussi en fonction du pays dans lequel le temple se trouve), ces exigences peuvent varier, ce qui explique également pourquoi l'ordre des Bhikkunis s'est éteint dans certains pays alors qu'il a subsisté partiellement dans d'autres. Par exemple, l'ordre des Bhikkunis s'était éteint au Sri Lanka car l'ordination d'une nouvelle moniale (femme moine) nécessitait l'accompagnement de 10 autres Bhikkunis confirmées alors qu'en Chine un homme moine peut ordonner une Bhikkuni. 

Le Bouddhisme, une religion sexiste?

Le 14e Dalaï Lama, Tenzin Gyatso et
Jetsunma Tenzin Palmo,
l'une des rares abbesses occidentales.
Le traitement imposé aux Bhikkunis laisse pourtant perplexe : elles sont soumises à 8 lois qui appuient la supériorité de leurs homologues masculins (entre autres: une moniale ne peut pas faire de reproche à un moine mais l'inverse est possible, une moniale, bien que plus âgée, doit toujours s'incliner devant un moine). Hiérarchiquement, elles sont donc soumises aux Bhikkus. Selon les traditions, l'écart entre les moines et les moniales est plus ou moins grand. Dans certains cas, elles ne s'occupent que de l'entretien des monastères et de la préparation de repas. Pour certains bouddhistes, être née femme est un signe de mauvais karma dû à une vie antérieure mauvaise et si une femme touchait au sacré de son impureté spirituelle, cela serait un blasphème. Aussi, il existe un schisme entre les courants bouddhistes actuels et certains d'entre eux n'acceptent pas les Bhikkunis actuelles car ils ne reconnaissent pas leur ordination. Ils voient même dans la réapparition de leur ordre comme un signe du déclin de leur religion. D'autres bouddhistes en revanche sont favorables envers la réapparition des moniales car le bouddhisme est avant tout une religion d'acceptation et de respect et selon eux, le Bouddha n'aurait pas décidé de créer l'ordre des Bhikkunis s'il avait nié aux femmes la possibilité de s'élever spirituellement. Après tout, les règles et la hiérarchie religieuse est un fait des Bhikkus tout au long de l'Histoire et non du Bouddha lui-même. Ce sont des hommes qui auraient écarté les femmes de la sphère spirituelle par leurs décisions et qui auraient altéré le dessein que le Bouddha avait pour les Bhikkunis. Il est à noter que l'actuel Dalaï Lama s'est exprimé plusieurs fois en faveur de l'ordination des femmes. Ce dernier se considère même comme féministe et a déclaré que sa prochaine réincarnation pourrait bien être une femme...

La renaissance de l'ordre des Bhikkunis

The Rise of Buddhist Feminism?
Des Bhikkunis se recueillant à l'intérieur du temple.
Depuis une vingtaine d'année, un engouement des femmes bouddhistes a permis à l'ordre des Bhikkunis de renaître. C'est le cas de Voramai, une Thaïlandaise qui fut la première femme ordonnée moniale dans le courant bouddhiste Mahayana depuis bien longtemps. La fille de Voramai, la Vénérable Dhammananda, a décidé de suivre la voie ouverte par sa mère en devenant elle même la première Bhikkuni dans un autre courant, celui du Theravada et en fondant le temple Songdhammakalhyani. Pour ce faire, elle a voyagé jusqu'au Sri Lanka pour se faire ordonner, ce qui secoua les moines thaïlandais. En effet, l'ordination des femmes de ce courant ayant été explicitement interdit en 1928. Selon Dhammananda, les Bhikkus sont dans l'erreur : "l'ordination [des femmes] provient du Bouddha. Si l'on respecte le Bouddha, il faut tout faire pour rétablir ce qu'il a établi".  Selon la moniale Karma Lekshe Tsomo, fondatrice de Sakyadhita, la plus vaste organisation bouddhiste féminine, il est temps que les femmes accèdent aux mêmes rôles que les hommes dans les fonctions spirituelles et dans l'enseignement au lieu d'être reléguée aux tâches ménagères dans le monastère. "Regardez, dans la plupart des centres bouddhistes, ce sont les femmes qui sont dans la cuisine. Regardez dans les bureaux, qui s'occupe de l'administration? Qui sert de chauffeur, qui s'occupe des correspondances, de l'organisation, du nettoyage et des courses? Presque uniquement les femmes." Voramai, Dhammananda Karma Lekshe Tsomo et les autres Bikkhunis se battent pour leur reconnaissance mais aussi afin de changer leur statut. Il faut que les mentalités changent mais les réformes sur les lois à l'échelle de leur pays sont également nécessaires. En Thaïlande, les moniales n'ont pas droit aux avantages dont les moines masculins disposent: couverture sociale, remboursement des soins. Parfois, les Bikkhunis se fient à la générosité de leur entourage et de leurs disciples. Par exemple, les frais médicaux de Dhammananda suite à une opération lourde ont été réglé par son médecin lui-même. Grace à la tenacité de ces femmes et avec le soutien des croyants et du Dalaï Lama lui-même, il est bien probable que l'ordre des Bikkunis soit bientôt reconnu par les derniers conseils monastiques encore réticents.

Vidéo reportage sur les Bhikkunis (en anglais):


Sources: http://thediplomat.com/2014/05/the-rise-of-buddhist-feminism/?img=5#postImage
http://awakeningbuddhistwomen.blogspot.nl/2013/07/a-female-dalai-lama-why-it-matters_29.html

dimanche 11 mai 2014

Grace Murray Hopper, informaticienne de génie et amirale de la marine américaine

Grace Hopper
Amirale Dr. Grace Murray Hopper
Si les membres de l'armée ne sont pas souvent reconnus pour leur prouesses intellectuelles (et ce à tort), l'Américaine Grace Murray Hopper reste l'exemple contemporain le plus fracassant de militaire dont le génie à su pousser en avant les recherches scientifiques et l'évolution technologique. L'amirale Grace Hopper n'est autre que l'inventrice du premier compilateur informatique, un programme permettant de traduire le code source (binaire) dans un langage de programmation plus accessible afin de faciliter le travail de programmation. En somme, Grace Hopper, surnommée "Queen of Software" ou encore "Grandma COBOL" (langage informatique qu'elle a développé) a posé les bases de la programmation informatique moderne.

Grace Hopper sur le plateau du "David Letterman Show" (en anglais)

Rencontre avec le premier ordinateur durant la Seconde Guerre Mondiale

Photo
Grace Hopper et ses collègues travaillant sur le Harvard Mark I
Née en 1906 à New York, Grace Hopper étudie puis enseigne les mathématiques et la physique au Vassar College et obtient son doctorat en mathématiques en 1934 à la prestigieuse université de Yale dans une promotion comptant uniquement dix doctorants (dont trois autres femmes). Il est à noter que le doctorat était un acomplissement beaucoup plus rare à cette époque qu'il l'est aujourd'hui. Elle reste professeur de mathématiques au Vassar College jusqu'à 1943, année où elle décide de participer à l'effort de guerre, les Etats-Unis ayant rejoint le conflit de la Seconde Guerre Mondiale en 1941 après l'attaque de Pearl Harbor par les Japonais. Elle intègre d'abord une école de réserve volontaire navale (United State Naval Reserve Midshipmen's School) où elle reçoit sa formation militaire puis elle rejoint une équipe de techniciens et scientifiques à l'Université de Harvard où l'on travaille sur le tout premier ordinateur numérique d'Amérique, le Harvard Mark I et Grace en écrit le manuel d'utilisation. Elle rejoint définitivement l'équipe du laboratoire d'informatique d'Harvard à la fin de la guerre.

Pionnière et visionnaire œuvrant pour la démocratisation de l'ordinateur

File:Grace Hopper and UNIVAC.jpg
Hopper travaillant sur l'UNIVAC I en 1960.
Pour Hopper, le Harvard Mark I s'apparente à un gadget, comme les réveils de poche de son enfance qu'elle démontait afin d'en comprendre le fonctionnement. Troisième programmatrice de cet ordinateur (et de ce fait, troisième programmatrice américaine de l'Histoire), sa fascination et sa persévérance, elle obtient sa première distinction militaire pour le développement naval grâce à son travail sur le Mark I, II et III. Néanmoins, Hopper, visionnaire, voit dans ces ordinateurs (pesant plus de cinq tonnes !) non pas une technologie exclusivement militaire mais un outil dont l'usage gagnerait à être démocratisé pour les entreprises civiles. Problème: le langage binaire utilisé dans le code source de la machine est incompréhensible pour un cerveau humain, il faut trouver un moyen d'en simplifier l'usage. En 1949, elle tente le tout pour le tout et fournit à certaines entreprises leurs premiers ordinateurs. Elle travaille alors sur l'UNIVAC I, premier ordinateur commercial, et encourage les programmeurs à partager des portions de code entre eux afin de gagner du temps et de faciliter la programmation. Ces toutes premières bibliothèques logiciellesrédigées à la main sont un gain de temps mais pour Hopper ce n'est pas suffisant. Il faut trouver un moyen de rendre le codage plus facile afin de rendre les ordinateurs populaires dans les entreprises. C'est à ce moment qu'elle décide de développer le tout premier compilateur utilisant la bande magnétique en 1952. Elle associe les codes binaires à des commandes qui, lorsque tapées sur l'ordinateur, sont recherchées par le programme afin de lancer le code, ce qui économise l'effort de taper le code entier. Aussi, cette invention n'est que le début puisque Hopper décide de pousser le concept encore plus loin en créant un langage informatique utilisant une synthaxe spécifique au codage mais utilisant des mots anglais pour désigner chaque commande. Ce langage appelé "FLOW MATIC" est donc le premier langage informatique qui servit plus tard de base pour la création du langage COBOL (dont elle participera au développement) en 1959, langage le plus utilisé par les entreprises encore de nos jours. Hopper réussit donc son pari: en créant le premier langage informatique , elle démocratisa véritablement l'usage des ordinateurs en ouvrant les portes de l'informatique aux utilisateurs n'ayant pas de diplôme de mathématiques.

Carrière et récompenses

Hommage à Grace Hopper sur les murs du Hagley Museum
Hopper continua son travail à Harvard et aida la marine américaine à développer les premiers programmes en COBOL. Elle fit aussi beaucoup de promotion auprès des entreprises pour les convaincre d'acquérir ses ordinateurs. Elle travailla comme consultante pour les entreprises et forma les premiers étudiants en informatique. Elle continua à servir dans la marine jusqu'en 1986 alors qu'elle était l'officier active la plus vieille (tous sexes confondus). Elle donna de nombreux discours et conférences tout au long de sa carrière afin de partager son expérience et ses connaissances. Elle reçu en 1969 la toute première récompense de la "Data Processing Management Association" en tant que "Homme de l'année"(!) dans la catégorie informatique. En 1971, la Sperry Corporation créa une récompense nommée en son honneur afin de récompenser les jeunes informaticiens ayant contribué au développement de l'informatique. En 1973, elle fut la première Américaine mais aussi première femme à être nommée membre distingué de la British Computer Society. Elle continua de travailler comme consultante et lectrice jusqu'à sa mort en 1992 à l'âge de 85 car selon elle, la plus belle récompense était de pouvoir former des étudiants et partager son savoir. "La chose la plus importante que j'ai accomplie, mis à part créer le compilateur, c'est d'avoir formé des jeunes gens. Ils viennent à moi et disent "pensez-vous qu'on puisse faire ça?" et je leur dis "essaye !". Je les encourage, ils en ont besoin. Je garde contact avec eux au fil des années et continue à les pousser afin qu'ils n'oublient pas de prendre des risques." 

Source: http://www.cs.yale.edu/homes/tap/Files/hopper-story.html

En savoir plus sur les femmes ayant contribué au développement de l'informatique? Voici quelques noms :

Susan Kare : développeuse de l'interface Mac (pour laquelle Steve Jobs reçoit si souvent les lauriers...) 
Hedy Lamarr : développeuse de la technologie sans fil et ... actrice !
Ada Lovelace : la première programmeuse, écrivant le premier algorithme en 1843 alors que l'ordinateur n'existait pas encore...
Mary Lou Jepsen : spécialiste du développement d'écrans, fondatrice de MicroDisplay et de l'organisanisation caritative One Laptop Per Child visant à fournir des ordinateurs bon marchés, écologiques et adaptés aux enfants
Roberta Williams : pionnière du jeu vidéo sur ordinateur
Radia Perlman : appelée un peu abusivement "la mère d'internet" mais développeuse de la technologie Ethernet ayant fortement influencé son développement
Dr. Erna Hoover : programmeuse dont le travail a révolutionné la téléphonie
Marissa Mayer : première femme ingénieure du moteur de recherche Google en 1999
Barbara Liskov : l'une des premières doctorantes en informatique, programmeuse d'Argus

Pour en savoir plus (en anglais) : http://www.biztechmagazine.com/article/2012/05/mothers-technology-10-women-who-invented-and-innovated-tech



mardi 29 avril 2014

Milunka Savić, héroïne de guerre serbe et femme militaire la plus décorée de la Première Guerre Mondiale



Portrait de Milunka Savic
Si l'on se rappelle du rôle décisif des femmes qui ont participé activement à l'effort de guerre durant la Première Guerre Mondiale en tant qu'infirmières ou cantinières, on entend très peu parler des femmes qui se sont retrouvées sur le front comme combattantes. Bien que la présence de femmes combattantes était exceptionnelle étant donné que les forces armées de l'époque ne les admettaient pas dans leurs rangs, certaines femmes ont fait exception et il est important de partager leurs histoires. L'un de ces oiseaux rares se nomme Milunka Savić, femme serbe à la carrière militaire des plus impressionnantes. 

Se faire passer pour un homme afin de joindre l'armée n'est pas un cliché de fiction

Si l'on ne connaît pas les raisons exactes pour lesquelles Slavić s'est engagée dans l'armée en 1913 (patriotisme? goût de l'aventure? ou pour remplacer son frère malade?), ont en connaît néanmoins les circonstances. Alors âgée de 22 ans, elle se fait passer pour un homme, se coupant les cheveux et adoptant le nom de Milun Slavić. Elle participe à la Seconde Guerre Balkanique et obtient le grade de caporal suite à ses prouesses durant la bataille de Bregalnica mais très vite, le subterfuge est révélé au grand jour alors que, blessée, elle est examinée dans un hôpital sur le front.
Milunka Savić standing in front of the camera wearing her uniform
Milunka Slavic se faisant passer pour un homme
Confus, son commandant lui propose de rejoindre l'unité infirmière où les femmes étaient admises. Refusant d'accepter un poste autre qu'au sein d'une unité combattante, elle lui répond en ces termes : "Je sais que je suis une femme, mais j'en suis une qui a passé ces dernières années à se battre sur le front. Les balles ont frôlé mes oreilles et les grenades m'ont piqué les bras." Le commandant consent à "réfléchir à la question". Slavić répond alors "j'attendrai". A peine une heure après, on lui accorde le droit de servir sur le front et elle est promue au rang de sergent. L'armée serbe ne voulait tout simplement pas se débarrasser d'un si bon élément simplement à cause des normes sociales.
Si ce travestissement rappelle la légende chinoise de Hua Mulan, il est intéressant de noter que de nombreuses femmes telles que Fatima des spahis, Dorothy Lauwrence, Hannah Snell, Cathay Williams ou Phoebe Hessel (voir la liste Wikipédia) y avaient également eu recours afin de prendre les armes aux cotés d'hommes. Les histoires de femmes se faisant passer pour des hommes durant les guerres se sont donc pas de l'ordre du mythe ou du topos littéraire mais découlent de faits historiques, certes isolés, mais bien existants tout au long de l'Histoire.

Des décorations prestigieuses récompensant des exploits militaires impressionnants

Milunka Savić memorial in Jošanička Banja in Serbia
Monument à la mémoire de Milunka Savic
 érigé dans les années 90 à Jošanička Banja
Les exploits militaires de Milunka Savić sont nombreux. Lors de la bataille de Kolubara, elle capture une vingtaine de soldats allemands. Durant la bataille de Crna Bend, ce sont 23 soldats bulgares qu'elle capture à elle seule. N'ayant peur de rien, Savić est connue pour ses attaques presque suicidaires en traversant le no man's land jusqu'au front adverse pour jeter des grenades et se battre avec sa baïonnette. Elle obtient en récompense pour ses prouesses la médaille de l'Ordre de l'Etoile de Karageorge, la plus haute distinction militaire serbe, deux fois, la Légion d'Honneur française, deux fois également mais aussi d'autres décorations.
En effet, lorsque les forces serbes se sont affaiblies, elles furent intégrées à elles de l'armée française. Une anecdote raconte que l'un officier français refusant de croire qu'une femme pût être un aussi bon soldat aurait lancé un défi à Savić: afin de lui faire prouver son agilité, il plaça une bouteille de Cognac de 25 ans d'âge à plus de 40 mètres, Savić devant l'atteindre avec une grenade. Elle toucha la bouteille de son premier jet. 

Une vie difficile après la Première Guerre Mondiale

Comme elle avait été intégrée dans l'armée française, on lui proposa de venir vivre en France et d'y recevoir une pension, ce qu'elle refusa. Elle reçu également comme pension militaire un terrain où elle s'installa au Nord de la Serbie. Elle y éleva seule sa fille (son mari l'ayant quittée) mais également trois orphelins qu'elle pu adopter et nourrir grâce à sa pension militaire. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, elle dirigea un petit hôpital et s'occupa des blessés. Pour cette raison, elle fut envoyée dans un camp de prisonniers par les Allemands. Elle était sur le point d'être exécutée lorsqu'un officier Allemand reconnu son nom dans la liste des prisonniers et la fit libérer. Une fois le conflit terminé, ses ennuis ne l'étaient pas pour autant. Sous le régime de Tito, elle perdit ses avantages de militaire et dût travailler comme femme de ménage car illettrée. A sa mort, elle reçut néanmoins un enterrement avec les honneurs militaires.

Source:
http://ahistoryblog.com/2013/04/16/milunka-savic-1888-1973-woman-warrior/

lundi 21 avril 2014

Espionnes : les services secrets britanniques lancent une campagne de recrutement ciblant les femmes

Être mère, un atout majeur pour la profession

Le journal du Times a publié il y a quelques semaines un entretien avec un agent du MI6, le service de renseignement du Royaume-Uni chargé des opérations extérieures. "Lisa" (un nom d'emprunt évidemment) explique que le fait d'être une femme apporte des avantages pour l'espionnage. Selon elle, les capacités comme le multitasking ("les femmes peuvent faire plusieurs choses à la fois") ou encore une sensibilité accrue permettant de mieux lire le comportement d'autrui sont indispensables pour faire un bon espion. Les femmes seraient en général moins inquiétantes et donc moins soupçonnables. Être mère serait une meilleure couverture encore et permettrait d'infiltrer tous les milieux. "Vous savez, ils [les terroristes] ont des mères, des soeurs, des filles" nous explique Lisa. Il est tout à fait naturel que des mères se rencontrent et passent du temps ensemble, ce qui donne une excuse à l'espionne afin de pouvoir infiltrer les familles de leurs cibles. 

L'espionnage, ça n'a rien à voir avec James Bond

Lisa ne tarit pas d'éloges sur son métier qu'elle qualifie d'unique. L'espionnage permet d'être envoyé(e) dans différents pays. Elle pense également avoir rendu le monde "plus sécurisé au travers des opérations qu'elle a effectuées et des agents qu'elle a chapeautés". Néanmoins, elle critique l'image que les médias renvoient de l'espionnage. Elle explique que Carrie, personnage principal de la série Homeland, n'aurait jamais pu être envoyée en mission avec des troubles émotionnels pareils puisque les espions doivent faire preuve de stabilité mentale.  Aussi, contrairement à James Bond, l'espionnage n'est pas l'affaire d'un unique homme surentraîné mais d'une équipe entière qui doit se serrer les coudes. L'esprit d'équipe mais également la créativité sont des qualités recherchées chez les espions. Il faut pouvoir faire preuve d'inventivité afin de pouvoir résoudre les situations problématiques mais aussi trouver des chemins sécurisés afin d'aller discrètement d'un point à un autre point sans se faire prendre. Il est également nécessaire d'être intéressé(e) par les relations internationales et maîtriser quelques langues étrangères peut s'avérer être un plus. 


Voici également un entretien avec une ex-agent secret de la CIA qui explique les raisons pour lesquelles les femmes feraient les meilleures espionnes selon elle. Pour résumer, elle évoque la capacité à lire les personnes, la capacité à évaluer si la situation est sûre (les femmes sont plus alertes car plus méfiantes, par exemple si elles se font suivre dans la rue) et l'empathie qui permet de créer des liens plus facilement.


Sources:
http://www.independent.co.uk/news/uk/home-news/women-are-bloody-good-spies-says-female-mi6-agent-9225686.html
http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2014/04/01/mata-hari-moderne-les-services-secrets-britanniques-recrutent-et-surtout-des-femmes/

samedi 19 avril 2014

(vidéo) Les femmes guerrières de Mamadou Ndala - République Démocratique du Congo

En République Démocratique du Congo, les conflits de ces 20 dernières années ont fait plus de 6 millions de victimes. Le gouvernement souffre d'instabilité et l'armée régulière peine à maintenir l'ordre car elle doit se battre contre les milices soutenues par l'Ouganda et le Rwanda (qui sont intéressées par les ressources naturelles du pays) mais elle doit en même temps réguler la violence de la population qui s'est également organisée en groupes armés (parfois pour se protéger mais également pour piller les paysans).  Ce reportage de la chaîne télévisée ARTE nous emmène à la rencontre des femmes combattant dans l'armée régulière ou les milices.



Les Maï-Maï, population armée aux mille visages

Le terme Maï-Maï qualifie l'ensemble des nombreuses milices congolaises. A l'origine, elles s'étaient formées afin de se battre contre les pillards car l'armée congolaise peinait à défendre son peuple. Néanmoins, c'est un nom que de nombreuses milices au but beaucoup moins noble s'attribuent également. Ces dernières pillent au même titre que les autres et il est souvent difficile de différencier les groupes de défense populaire des groupes opportunistes qui volent et violentent la population puisqu'elles utilisent le même nom pour se définir.
Salomé fait partie d'une des milices Maï-Maï. "Je suis venue ici parce que nous avons beaucoup souffert dans notre village", dit elle. "Une milice rwandaise venait piller nos biens et violer les femmes. J'ai alors décidé d'aller les combattre. Si j'ai la chance de revenir je demanderai pardon à Dieu, je redeviendrai chrétienne." Salomé et son groupe taxent les paysans des zones qu'ils occupent. Ils monnayent la protection qu'ils disent apporter à la population.

Les femmes de l'armée régulière sont aussi en première ligne

L'armée régulière se bat contre les milices soutenues par l'Ouganda et le Rwanda mais également contre les milices Maï-Maï. De nombreuses femmes s'engagent dans l'armée congolaise par patriotisme. L'une d'elles explique sa décision de joindre l'armée dans le reportage: "Moi c'est mon choix. Je suis volontaire depuis 1994. J'ai fait des études, j'ai eu mon diplôme, j'ai été commerciale. Puis, j'ai abandonné la vie civile et j'ai décidé de devenir martyr pour mon pays." Ces femmes sont membres du Commando d'Action Rapide (URR) et se retrouvent la plupart du temps en première ligne. "Nous, on est des gens de Dieu. Il faut avoir le coeur dur pour faire ce métier et si tu vois que l'un de ton groupe est mort, tu ne craques pas, tu continues le combat. Moi, je suis une femme. J'ai un corps de femme quoi qu'il arrive. J'ai des seins, j'ai un vagin. Mais quand il s'agit de combattre pour défendre mon pays, je ne suis plus une femme, je suis un homme".

Les milices rejoignent l'armée régulière

Le gouvernement a appelé les milices populaires à déposer les armes. Plus de 2000 miliciens ont décidé de rejoindre l'armée régulière plutôt que de revenir à l'armée civile. Parmi eux, des femmes qui rejoignent alors le "Personnel Militaire Féminin". Gentille, une nouvelle recrue, raconte comment elle a quitté les Maï-Maï: "Mon coeur m'a poussée à rejoindre ceux qui se battent pour le pays.La paix doit revenir au pays mais cette paix je l'ai jamais connue. [...] On était plusieurs femmes, certaines sont mortes. La peur non je n'en avais pas. Si j'avais eu un travail correct avec du respect mutuel j'y serais encore, mais ce qui m'a fait partir c'est de devoir piller les gens et les tuer. Je n'ai aucun bon souvenir, il n'y a aucun travail que j'ai fait chez les Maï-Maï qui m'ait rendue fière. Tu dois obéir aveuglément à quiconque  te dépasse en grade. C'est à toi de toujours savoir où tu vas et d'où tu viens. Fort je demande pardon à ceux à qui j'ai fait du mal.". Une autre ex-milicienne explique que son groupe comportait des voleurs, des assassins et des violeurs qui terrorisaient la population et qui ont par ce fait décrédibilisé les Maï-Maï. 
Ces femmes ont toutes le même parcours, elles ont rejoint tout d'abord les milices afin de se défendre contre les exactions d'autres groupes armés. Elles ne peuvent pas retourner à la vie civile car les ex-miliciens ne sont pas vus d'un bon oeil par le reste de la population. Beaucoup de ces femmes ont des enfants qui accompagnent leur mère dans les camps et sont envoyés chez de la famille pendant les combats. L'une d'elle raconte : "La grande difficulté que rencontrent les femmes c'est que les hommes les abandonnent avec les enfants. Les femmes doivent se débrouiller pour nourrir leurs enfants alors que l'homme, lui, se tourne les pouces." Certaines ont donc rejoint les milices dans l'espoir de trouver de l'aide. Si le patriotisme de ces femmes est apparent, c'est surtout la nécessité de la situation qui les a amenées là.

La mort du Colonel Mamadou Ndala

Le Colonel Mamadou Ndala était un symbole national de la République Démocratique du Congo. Grâce à ses exploits militaires, il a réussi à redresser l'armée régulière qui s'était embourbée dans le conflit depuis deux décennies. Sa mort a provoqué l'émotion des soldat et celle de la communauté congolaise, notamment à l'étranger. L'équipe d'ARTE était présente lors de l'attentat qui prit la vie à Mamadou Ndala le 2 janvier 2014. La garde rapprochée du colonel Ndala comprenait deux femmes. Mado est morte aux cotés du colonel et Séraphine a survécu en sautant de la jeep. Blessée, cette dernière insistait encore qu'on lui donne son arme afin de repartir directement au front juste après l'attentat.
"Quand je serai guérie je rejoindrai de nouveau mon unité, je ne reculerai jamais. Je ne peux pas accepter que nous souffrions et que des étrangers viennent nous faire souffrir chez nous. Je ne me fatiguerai jamais de faire la guerre. J'aime la guerre et à chaque occasion je vais au front. Il suffit que je sois en tenue, que je prenne mon arme en main. Si j'entends que quelque part ça ne va pas je suis la première à y aller. J'ai décidé d'entrer dans l'armée et je sais que je porte mon cercueil sur mon dos à chaque instant."

vendredi 11 avril 2014

Sergent Becci Taylor, expérience d'une femme au front en Afghanistan

Il y a quatre jours, le Général Sir Peter Wall s'est exprimé en faveur pour l'ouverture des unités spécialisées en combat rapproché aux femmes dans l'armée de terre britannique qui compte déjà 10% de femmes dans ses rangs. La question de la place des femmes en première ligne dans les conflits est toujours sujette à discussion pour des raisons diverses (tradition, idéologie, supériorité musculaire de hommes sur les femmes) mais pas les bonnes. L'opinion publique considère souvent que les femmes n'ont pas la force physique requise pour remplir à bien ces fonctions, mais c'est souvent un faux problème puisque les femmes de ces unités ont passé les examens pré-requis et les entraînements avec succès (ce qui font donc d'elles de bien meilleures combattantes qu'un homme lambda sans entraînement, il faut quand même avoir l'honnêteté intellectuelle de le reconnaître). Les véritables raisons qu'invoquent les hauts dirigeants de l'armée sont plutôt d'ordre pragmatique: l'armée est un univers masculin et les femmes auront plus de mal à s'intégrer car l'institution militaire repose entièrement sur le travail d'équipe et le sentiment de camaraderie et de respect de la hiérarchie, or pour ce faire il faut avoir confiance en ses camarades et supérieurs. Le problème est donc dans la relation entre les hommes et femmes au sein d'une unité: les hommes militaires peuvent ne pas faire confiance en leurs camarades féminins à cause des préjugés persistants et les femmes peuvent se sentir exclues, voir en danger puisqu'elles sont en minorité (et pour cause, le taux de viols au sein de l'armée est alarmant). Néanmoins, il faut faire face à la réalité : depuis que les femmes ont pu intégrer l'armée, et que cela soit en tant qu'infirmières, pilotes d'avion ou dans l'infanterie, elles ont toujours été présentes sur le front dans les unités de support (comme les infirmières) ou les unités spécialisées. Elles sont donc exposées aux mêmes dangers que les unités de combat.   Certains pays qui reconnaissent cet état de fait, comme la France, la Norvège ou le Canada ont déjà intégré des femmes soldates dans les unités de combat par souci d'égalité et de reconnaissance. Récemment, ce sont les Etats-Unis et l'Australie qui ont promis de faire de même d'ici les deux années à venir. Le Royaume-Uni est en passe de rejoindre ces pays et c'est donc l'occasion de se plonger dans la réalité des faits au travers du témoignage du Sergent Becci Taylor, femmes britannique ayant servi en Afghanistan.
Sergent Becci Taylor de l'armée de terre britannique
Pour sa première mission en Afghanistan, Taylor se trouvait alors à quelques mètres d'une bombe armée contenant assez d'explosifs pour tuer 10 hommes lorsque les balles ennemies furent tirées. Un groupe de Taliban les avaient pris pour cible, elle et ses trois camarades, mais Taylor agit rapidement : « je les ai vus et j'ai tiré sur eux, puis les paras qui étaient en charge de nous protéger pendant que nous désamorcions la bombe sont arrivés et les ont chassé. » Elle ajoute « tu ne penses pas, tu agis. L'adrénaline monte et l’entraînement te revient puis tu te concentres sur la situation. J'étais plus inquiète pour la sécurité des autres que la mienne. » Taylor, âgée de 31 ans maintenant, a pris la décision de s'enrôler à 19 ans car le train-train quotidien l'ennuyait déjà. Le père de Taylor, un pompier à le retraite ayant également servi dans l'infanterie, n'a pas essayé de décourager sa fille. Contrairement à sa mère qui fut prise de panique lorsqu'elle fut déployée en Afghanistan en 2010. Le conjoint de Taylor, également dans l'armée, comprenait bien les risques du métier mais était soulagé lorsqu'elle revint de sa mission.

Sur le terrain


En tant que spécialiste d'électronique militaire chez les Royal Signals (spécialistes des systèmes d'information et de communication qui sont souvent les premiers envoyés au combat), Taylor était la seule femme parmi les 80 hommes de son camp. Son travail était de bloquer le contact entre les bombes et leur détonateur à distance afin de les désamorcer. Pendant que son supérieur coupe les fils, Taylor fait en sorte qu'aucun signal n'atteint la bombe avant le désamorçage total. Un manque de concentration de sa part serait fatal.
Lors de sa première mission, son travail fut de déconnecter un dispositif explosif improvisé placé par les Talibans. Un véritable piège électronique sophistiqué qui prit plus de 7 heures à mettre hors-service. « Je n'avais rien à manger pendant toute l'opération, j'avais seulement de l'eau. Il faisait un froid de canard et je ne pouvais presque plus sentir mes pieds. Ce jour là on nous a lancé dans le bain d'eau froide, mais heureusement personne n'a eu de ''mauvaise journée au bureau'' ». Une « mauvais journée au bureau », en d'autres termes pour les militaires anglais, personne n'a été blessé ou tué durant l'opération. Le supérieur de Taylor l'a désignée pour rejoindre l'équipe en charge du désamorçage des bombes (bomb squad), une unité où très peu de femmes sont envoyées.  « Quand tu es assigné, tu ne vas jamais refuser, mais j'étais contente de faire ce travail. Je travail sur les signaux électroniques et la plus grande partie de ce que je fais est intangible. Quand tu as participé au désamorçage d'une bombe, tu peux  seulement voir le résultat à la fin et tu sais que c'est toi qui a fait la différence. Des gens seront en sécurité grâce à ton travail. »

Becci Taylor
Photographie du Sergent Becci Taylor

L'importance du travail de désamorçage des bombes


Le désamorçage des bombes est le travail le plus dangereux au monde et entre Janvier et Mars 2011, l'une de ces sept unités britanniques a perdu trois membres au début de leur mission. Aussi, c'est le type de bombe que Taylor a désamorcé qui a tué le Capitaine Lisa Head plus tôt dans la même année. Head était la première femme experte en désamorçage de l'armée britannique. Un coup dur pour la famille de Head, mais aussi pour les membres de son unité. « c'est impossible de ne pas penser à la mort. Parfois quand je sors du camp je ressens une gène et lorsque je retourne au camp je suis soulagée d'être rentrée en une seule pièce. Je ne pensais pas à ça tous les jours, mais la mort et les blessures font parti de notre quotidien et ça serait un mensonge de dire que je n'y pense jamais. » Car l'équipe de Taylor a eu son lot d'émotions fortes: «Il y avait cette fois ou nous étions 22 et nous avons marché sur une plaque de pression (détonateur).  Aussi incroyable que cela puisse paraître, la bombe n'a pas explosé. La pire chose qui puisse arriver lorsque tu es en mission, c'est de rentrer et d'apprendre que quelqu'un a été tué. » Les bombes placées par les Talibans, surnommées « confettis » par les soldats de l'armée britannique, sont néanmoins dangereuses. Elles sont composées d'explosifs mais également de clous et de ferraille afin de maximiser les dégâts, ce qui en fait des armes mortelles. L'équipe de Taylor faisait partie de l'opération soufre (Brimstone) qui avait pour mission de nettoyer le village de Char Coucha, un vaste travail de déminage afin de rendre le village à nouveau habitable. « Les Talibans avaient forcé les villageois à placer les bombes dans leurs maisons, puis ils ont chassé tous les habitants du village. Notre travail était donc de sécuriser l'endroit pour permettre aux familles de revenir. » 

Le journal The Mirror compare le récit du Sergent Becci Taylor au film télévisé britannique "Our Girl", une fiction racontant l'histoire d'une jeune femme, Molly Dawes, s'engageant dans l'armée dans l'assistance médicale et se retrouvant au front en Afghanistan. Le film est peu connu et est donc difficile à trouver mais il est de bonne qualité et permet un aperçu de l'entrainement obligatoire que les nouvelles recrues féminines doivent passer afin de devenir militaire (y compris pour le corps médical de l'armée).

Sources:
Pour lire l'entretien complet en anglais : http://www.mirror.co.uk/news/real-life-stories/female-soldier-describes-life-frontline-1775718
Général Sir Peter Wall sur l'ouverture des unités de combat aux femmes : http://www.theguardian.com/uk-news/2014/apr/06/british-army-women-combat-roles-general