lundi 7 avril 2014

Les femmes enrôlées dans l'armée française, statistiques en image

Aujourd'hui, les femmes représentent dans l'armée française 12,63% des officiers, 16,54% des sous-officiers , 13,52 % des militaires du rang engagés et 30,28% des volontaires, et cette tendance augmente d'années  en années car de plus en plus de femmes décident de s'engager. 

Les femmes ont fait leur chemin petit à petit dans l'armée française depuis 1938 avec la loi dite "Paul-Boncour" sur l'organisation de la nation en temps de guerre qui ouvre les premiers postes aux femmes (avant cela, les femmes étaient tout de même présente auprès de l'armée mais en tant qu'infirmières ou cantinières). La Seconde Guerre Mondiale est souvent citée pour avoir poussé en avant le statut de la femme en France puisque, en plus d'avoir participé à l'effort de guerre, les femmes ont également pris part activement à la Résistance. En 1944 est créé le corps des auxiliaires féminines de l’armée de terre et en 1946, celui des convoyeuses de l’air, des forces féminines de l’air et des sections de la flotte et en 1951, est crée au sein de chaque armée, un corps de personnel féminin comportant un statut proche de celui des autres corps militaires. Pour la première fois, l’état de militaire, à caractère définitif, est reconnu aux femmes mais le texte exclue encore toute assimilation de grade. En 1970, l’Ecole polytechnique ouvre ses portes aux femmes et en 1971, est créé le service national volontaire ouvert aux jeunes filles, définitivement institutionnalisé en 1983. Ce qui permet aux filles d'accéder au volontariat. Les jeunes filles volontaires sont alors recrutées avec les mêmes possibilités d’emploi et de formation que leurs camarades masculins mais sont toujours orientées vers des emplois perçus comme féminins. Il faudra tout de même attendre 1972 pour qu’un même statut militaire soit applicable pour les hommes comme pour les femmes. La loi du 13 juillet 1972 supprime en effet toute discrimination statutaire entre les hommes et les femmes s’engageant dans les armées, ils ont les mêmes droits et les mêmes devoirs, même si les corps d’officiers des armes et des sous-officiers de carrière demeure encore fermés aux femmes. Cependant, il faut rappeler que le corps de l'armée professionnelle reste un endroit hostile aux femmes, outre le coté "macho" inévitable, mais surtout dû au nombreux viols commis par les soldats sur leurs propres camarades féminins et contre lesquels les hauts responsables  ne savent que faire, si ce n'est d'essayer d'étouffer les affaires pour éviter tout scandale.

Selon les mots du Ministère de la Défense,"il n’y a quasiment aucune limite à l’intégration des femmes, toutes spécialités confondues. Seuls les postes à bord des sous-marins et les postes de sous-officiers dans les escadrons de gendarmerie mobile demeurent spécifiquement réservés aux hommes". L'armée reste tout de même un monde d'homme même si la profession attire de plus en plus de femmes qui passent les épreuves de qualification avec succès et sont déployées sur le terrain au même titre que leurs camarades, excepté pour les deux spécialisations citées plus haut. Afin d'avoir une meilleure idée, je vous propose ces illustrations de statistiques qui permettent de visualiser le nombre de femmes dans l'armée française et leurs fonctions.

Infographie Les femmes dans l'armée française - Eclairage Public


Sources : http://eclairagepublic.net/les-femmes-dans-larmee-francaise/
                http://www.defense.gouv.fr/sga/a-la-une/les-femmes-militaires-aujourd-hui
                http://www.defense.gouv.fr/sga/a-la-une/les-femmes-militaires-leur-place-dans-l-histoire

jeudi 3 avril 2014

Après le génocide, les Rwandaises reconstruisent leur pays

C'est souvent après la guerre que le statut des femmes est enclin à changer puisque, les hommes étant en première ligne, ce sont aux femmes de prendre en charge les tâches que les hommes tenaient, mais c'est aussi aux femmes de reconstruire le pays que les hommes ont laissé à feu et à sang. C'est dans ces conditions que les Rwandaises, connues de part le monde pour avoir subi les ravages de l'une des armes de guerre les plus destrucrices: le viol, accèdent aujourd'hui à une nouvelle reconnaissance sociale. Si elles ne sont pas à proprement parler des guerrières, bien qu'elles aient survécu à l'un des conflits les plus violents envers la population civile de ces dernières décénies, on ne peut dénier le courage et la force  de ces femmes qui reprennent en main leur pays après le génocide de 1994 qui aura couté la vie à plus de 800000 personnes, majoritairement de l'ethnie des Tutsis. 

La nécessité fait loi


Après la guerre civile, la population du Rwanda devint essentiellement féminine ; les Rwandaises la composaient à 70%. C'est donc naturellement qu'elles reprirent les fonctions laissées vides des hommes disparus. Après la déstruction quasi-totale du pays et de toutes ses institutions, les nouveaux conseils locaux et les organes de justices "de débrouille" ont du très vite s'organiser et ce avec les moyens du bord, et petit à petit, avec l'aide d'organisations internationales, ces structures fragiles ont pu lentement se transformer en institutions étatiques et former un nouveau gouvernement. Cette situation a permis à de nombreuses femmes de faire leur chemin et de s'installer durablement à tous les niveaux de la politique du pays. Néanmoins, ce n'est pas uniquement la nécessité (à comprendre ici "parce qu'on avait pas trouvé mieux") qui fait que les femmes ont gagné en importance dans la société rwandaise mais c'est surtout le courage et la détermination qui ont poussé ces femmes vers l'avant, ce qui n'est pas chose aisé lorsqu'on a vu tout son monde s'écrouler autour de soi et avec lui sa famille et sa communauté. Si le Rwanda est aujourd'hui le pays dont le parlement est le plus féminisé au monde avec 64% de femmes, c'est avant tout parce que ces dernières ont une volonté d'acier et l'espoir de voir leur pays retrouver la paix. 


...mais la volonté est le plus puissant de tous les leviers

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Eugenie Mukeshimana, maintenant à la tête du
Genocide Survivors Supporter Network,
chargé d'aider les survivants de génocides
Eugenie Mikeshimana est un exemple d'ascention des femmes rwandaises après la guerre civile. Mikeshimana , persécutée pour être née Tutsi, a frôlé de près la mort à 22 ans. Un jour après avoir accouché  seule et en clandestinité, son mari ayant été assassiné durant le conflit, elle est capturée par une milice qui s'apprête à lui ôter la vie. Par chance, un conflit entre les guerriers retarde l'exécution et finalement les membres du Front Patriotique Rwandais, arrivent juste à temps et libèrent Mikeshimana ainsi que les autres prisonniers. Pourtant, après la guerre, Mikeshimana ne perd pas totalement espoir, bien qu'elle ait cottoyé l'"abominable jusqu'à ce qu'il devienne la normalité" selon ses mots, elle décide de travailler en tant que dirigeante d'une entreprise de construction. Le Rwanda repose sur une société très machiste, et le monde de la construction est bien sûr traditionnellement réservé aux hommes, mais les femmes se présentent aux entretiens et obtiennent des emplois même dans les  secteurs masculinisés (et au Rwanda, presque tous les secteurs économiques étaient masculins puisque la femme restait très souvent confinée au foyer et ne prenait pas part à la vie publique). Avec le temps, les hommes se laissent convaincre par la rigeur de travail dont femmes sont capables et ceux aussi bien qu'eux, et parfois même encore mieux car, bien qu'elles soient majoritairement sans éducation et sans expérience professionnelle, elles apprennent et s'adaptent très vite à la situation et utilisent également leurs nombreuses capacités (trop souvent dévaluées) de femmes au foyer. Mais surtout, elles ont gardé la rage de vivre à un moment où leur compatriotes masculins s'étaient laissés moralement détruire. Selon Mikeshimana, "[elles] ne parlent pas beaucoup, mais elles font ce qu'il y a à faire".

La paix, une affaire de femmes?


Mais ce qui est encore plus étonnant, c'est que ces femmes ont montré leur désir de paix et de réconciliation de façon exemplaire :  puisqu'elles étaient organisées dans les groupes politiques et d'action pour la reconstruction du Rwanda dans le même but, les femmes Hutus et les femmes Tutsis se sont cottoyées et ont su travailler ensemble. C'est un effort incroyable qui permit à ces femmes dont les maris, frères, pères et fils se sont entre-tués de travailler main dans la main pour un futur meilleur. Peut être que c'est parce que, dans le chaos, une société peut très vite sombrer dans la violence et la destruction, mais parfois elle arrive aussi à se dépasser et à s'épanouir à l'endroit où l'on s'y attend le moins.


Source: http://www.thedailybeast.com/articles/2014/04/02/two-decades-after-genocide-rwanda-s-women-have-made-the-nation-thrive.html

vendredi 28 mars 2014

(vidéo) Les femmes kurdes prennent les armes

Trois jeunes femmes kurdes gardant un point de contrôle
 près de la ville d'Al-Malikiyah  posent pour la photo, arme à la main.

La défense armée kurde de Syrie est composée à 40% de femmes


Une commandante kurde menant l'offensive contre
une base militaire syrienne barricadée.
Dans les régions frontalières de la Syrie et de l'Irak où le désordre reigne depuis la guerre en Irak de 2003,  les Kurdes prennent les armes afin de se défendre. L'explosion de la guerre civile en Syrie fait apparaître de nouvelles menaces contre la peuple Kurde avec l'arrivée massive de Jihadistes tentant de prendre le contrôle de cette région. Si de nombreux groupes armés kurdes ont été d'abord formé dans le but de se battre pour leur indépendance (certains sont même considérés comme terroristes par l'Union Européenne), leur priorité est maintenant de défendre leur terre et leur peuple contre les assauts des membres d'Al-Quaïda et de l'Etat Islamiste en Irak et au Levant (EIIL). Un fait curieux qui a été relaté (trop peu si vous voulez mon avis) dans la presse est que 40% des soldats qui composent les milices kurdes sont... Des soldates ! Certains escadrons sont mêmes exclusivement féminins (par exemple, l'Union de Protection des Femmes). Les femmes kurdes se battent essentiellement afin de protéger leur ville/village et leur famille car l'effort défensif masculin est loin d'être suffisant contre les Jihadistes affluant de part et d'autres du monde. Selon les mots d'Aryan, une soldate de 32 ans, "avant la révolution, les femmes restaient dans leur foyer. Depuis que j'ai commencé à me battre pour mon pays [le Kurdistan], cette attitude a changé." Les combattantes kurdes sont redoutables et l'effet de surprise que leur présence créée est un atout contre les Jihadistes mais aussi une source de fierté pour ces femmes très sûres d'elles. Selon la commandante Akeed, les Jihadistes ont beau avoir de la quantité "mais ce sont de piètres combattants. Ils sont désorganisés, c’est facile de les tuer". Les femmes sont maintenant de plus en plus présente dans la vie active de la communauté au travers de la défense armée mais elle gagnent également une place importante dans les discussions politiques de leur peuple.

Les troupes armées kurdes, une guerre civile dans la guerre civile


Des soldates de l'Union de Protection des Femmes à Ima'bada.
Leur milice a repoussé plusieurs fois les attaques de l'EIIL
Si les Kurdes supportaient la révolution syrienne de prime abord car il y avaient vu une opportunité pour faire reconnaître leur nation, la population a vite été victime de violences (attentats suicides, violence contre les femmes) et s'est donc retourné contre les Jihadistes. "Nous ne sommes ni avec le régime, ni avec les rebelles. Nous nous exprimons au nom du printemps kurde, pas du printemps arabe" annoncent-ils. Néanmoins, si l'armée irakienne a aidé les milices kurdes à repousser les forces d'Al-Quaïda en dehors de leur territoire, les gouvernements d'autres pays, notamment la Turquie, persiste à mettre les Kurdes et les Jihadistes dans le même sac. La Turquie aurait même sciemment laisser les membres de l'EIIL passer la frontière en retirant les mines et autres dispositifs de sécurité afin de permettre au Jihadistes de s'en prendre également aux populations kurdes de Turquie.


Pour voir un reportage vidéo sur les combattantes kurdes réalisé par Vice, cliquer ici.

Sources:
http://www.vice.com/read/meet-the-kurdish-female-freedom-fighters-of-syria
http://www.rtbf.be/info/monde/detail_syrie-ces-combattantes-kurdes-qui-gagnent-la-guerre-contre-les-djihadistes?id=8077385

Sur le nationalisme kurde:

File:Kurdish-inhabited areas of the Middle East and the Soviet Union in 1986.jpg
En rouge sur la carte, la répartition du peuple kurde en 1986.
Depuis la Première Guerre Mondiale, le peuple kurde est animé par le désir d'indépendance nationaliste et de nombreux groupes politiques accompagnés de forces armées se battent afin de créer un état indépendant, le Kurdistan. Le peuple kurde, uni par la langue et la culture, s'étend sur une grande région montagneuse au sud du Caucase mais est séparé entre différents États: la Turquie, l'irak, l'Iran et la Syrie. Les raisons géo-politiques de cet essor nationaliste sont donc multiples et complexes puisqu'elles dépendent du traitement et de la reconnaissance de l'ethnie kurde par les Etats dans lesquels ils sont présents. La Turquie a des relations houleuses avec sa population kurde: déportation, tentative d'assimilation forcée puis négation de leur spécificité culturelle et conflit armé contre le Parti des Travailleurs du Kurdistan. En Iran, la Révolution Islamique a mené à une "guerre sainte" contre les rebelles Kurdes et si aujourd'hui, le peuple kurde n'est plus directement menacé, il leur est impossible de s'exprimer politiquement puisque la loi interdit toute dissidence. En Irak, des massacres à l'encontre des Kurdes ont été perpétrés sous le régime de Saddam Hussein  mais l'intervention américaine de 2003 mena à une nouvelle constitution qui autorisa la création d'une région autonome kurde. Quant à la Syrie, la répression contre les Kurdes et leur culture eut également lieu mais c'est maintenant la guerre civile qui frappe les Kurdes de plein fouet. Bien que les Kurdes soient musulmans, ils se battent aujourd'hui contre l'islamisme fondamental et les Jihadistes du EIIL qui veulent leur imposer leur doctrine par la force, menaçant la sécurité, l'intégrité et la liberté des habitants du Kurdistan Irakien et Syrien.
Si les Kurdes sont plus que jamais unis, c'est surtout afin de se défendre contre des menaces extérieures: l'oppression par les États qui refusent de les reconnaître ainsi que les attaques multiples des groupes islamistes armés. L'identité Kurde ainsi que leur esprit nationaliste tend donc à s'affirmer en négatif de la culture contre laquelle ils s'opposent. La prévalence du Marxisme, les tentatives de rapprochement avec l'occident ainsi que le combat pour les droits des femmes est donc lié à une volonté de se démarquer de leur ennemi. C'est pour cette raison que les Kurdes souhaitent maintenant incarner une certaine forme de progressisme face à la menace fondamentaliste.

mardi 25 mars 2014

Les Malgré-Elles, femmes alsaciennes incorporées de force par l'armée Nazie

Tout le monde connaît l'histoire des Malgré-Nous, ces Alsaciens et Mosellans incorporés de force dans les diverses factions de l'armée Nazie notamment impliqués dans le massacre d'Oradour-sur-Glane. Ce qui se sait très peu, c'est que de nombreuses femmes ont également été incorporées, on les appelle les "Malgré-Elles". La plupart d'entre-elles ont principalement remplacé les hommes dans le travail administratif afin de "libérer" ces derniers pour qu'ils puissent partir pour le front. D'autres ont travaillé dans les usines d'armement, mais il y avait également des femmes dans certains escadrons, dont Alice Wirth qui témoigne dans cette vidéo disponible sur le site de l'INA. En 2008, un mémorial aux Mélgré-Elles a été ouvert à Shirmeck afin de témoigner de cet événement. 70 Malgré-Elles étaient présentes à l'inauguration de ce mémorial et vous pouvez voir la vidéo ici.
La carte de travail obligatoire d'une Malgré-elle
La carte de travail obligatoire d'une Malgré-Elle

Petit ajout personnel sur les Malgré-Nous et l'identité nationale etou régionale des Alsaciens :
De nombreux Malgré-Nous avaient déjà combattu durant la Première Guerre Mondiale, mais sous l'uniforme français. Néanmoins, les similitudes entre l'identité régionale et l'identité du peuple allemand fait se poser la question de l'appartenance nationale: les Alsaciens et Mosellans étaient-ils (et sont-ils) des Français ou des Allemands? Ou peut-être tout simplement leur identité était autre, une identité à part entière, l'embryon une potentielle nation qui n'a pas eu l'occasion de s'exprimer et qui a au final été déchirée par les combats que se menaient deux Etats conquérants qui l'ont rattachée tour-à-tour à la France, tour-à-tour à l'Allemagne/Prusse. L'Alsace fait maintenant partie de la France et son identité si particulière incarnée dans sa langue risque bien un jour de disparaître si l'on n'y prend pas gare. Ce thème m'est très personnel car je suis moi-même née en Alsace et, bien que la nouvelle génération dont je fais partie s'identifie comme Française (par l'école, l'usage de la langue française, la citoyenneté mais aussi par la télévision et la culture en général), on ne peut pas dire de même des anciens. Mes grands-parents, nés durant la Seconde Guerre Mondiale, ont premièrement appris l'Allemand à l'école de façon obligatoire, puis le Français (l'usage de l'Alsacien ou de l'Allemand était sévèrement puni par les professeurs) mais surtout ils s'exprimaient (et s'expriment toujours) dans la langue régionale, prenant de la distance avec l'identité française mais rejetant en bloc toute association avec les Allemands. Il faut savoir que les Alsaciens et les Mosellans de cette génération ont énormément de rancoeur vis-à-vis de l'Allemagne suite à ce qui s'est passé durant la Seconde Guerre Mondiale. Il faut également rappeler que la plupart ses Alsaciens et Mosellans incorporés dans l'armée allemande et envoyés au Font-Est ne sont jamais revenus. Enormément de familles, dont la mienne, déplorent toujours la disparition de certains de leurs aïeux. Peut-être sont-ils morts sur le front, mais il est également probable que l'Armée Rouge les ait capturés et envoyés dans des goulags d'où ils ne sont jamais sorti. C'est une cicatrice qui se referme difficilement et qui illustre les dérives les plus absurdes du nationalisme.

(vidéo) Les héroïnes cachées de l'Armée Rouge

Au temps de l'Union Soviétique, le rôle de la femme a été bouleversé et ce de plusieurs manières. L'idéologie communiste se targuait de pouvoir mettre fin à la lutte des classes, et la hiérarchie entre hommes et femmes fait intrinsèquement partie de cette problématique. Evidemment, la réalité est bien différente car la fin de l'inégalité entre les sexes n'était évidemment pas au programme des bolchéviques mais plusieurs mesures en faveur de la femme (ou tout du moins changeant le statut traditionnel de la femme) ont été prises. Certaines de ces mesures concernent l'incorporation massive de femmes dans l'Armée Rouge, un fait très exceptionnel lorsqu'on le compare aux autres armées ayant pris part à la Second Guerre Mondiale  (bien que les femmes d'action étaient également présente chez les résistants mais également chez les Nazis et ce de gré ou de force). Je vous propose le documentaire L'ombre d'un doute: Stalingrad: les héroïnes cachées de l'Armée Rouge qui m'a été partagé par Frifox (voici son blog)  et qui raconte l'histoire de ces femmes endoctrinées mais qui se sont volontairement enrôlées afin de se battre pour leur pays.





France 1900, quelle place pour la femme militaire ?

Aujourd'hui, je vous propose un article écrit par Frédéric Pineau du blog des Françaises sous l'uniforme et qui m'a été gentillement prêté pour ce blog. "France 1900, quelle place pour la femme militaire ?" analyse le rôle de la femme militaire au début du XXe siècle ainsi que l'image plurielle qui lui a été attribuée. En effet, ces femmes ont pu être perçues comme fortes, symboliques mais aussi contre-nature et sexuelles.

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Représentation satirique de la femme
 officier, fin 19e-début 20e. (coll. Pineau)
Dans le passionnant ouvrage, paru en 1905, du docteur Legrand, médecin-major au 3e régiment de dragons, L'Assistance féminine en temps de guerre, nous pouvons lire avec stupéfaction "le  courage physique, l'audace qui mènent à la lutte ne sont pas l'apanage exclusif du sexe fort ;  l'aptitude belliqueuse de la femmes s'est révélée en maintes occasions, par sa participation directe au  combat ; elle se manifeste à l'état rudimentaire, dans la parodie guerrière du crêpage du chignon et  peut s'épanouir, en tout son éclat, en poussant les initiatives féminines aux héroïques entreprises."  Si de nos jours pareils propos peuvent nous paraitre banals, il n'en est rien pour l'époque. Des  termes qui montrent une large ouverture et une réelle liberté de ton pour un militaire d'autant  plus de la cavalerie, arme ô combien traditionnelle. Cependant Legrand affirme, par l'exemple,  que la "participation habituelle des femmes aux actes mêmes de la bataille parait toutefois être  demeurée spécifique aux peuples dans l'enfance", ce que l'auteur qualifie de "période héroïque du féminisme militaire", que Jeanne d'Arc, Jeanne Hachette, les femmes soldats de la révolution et les  quelques combattantes de la guerre de 1870-1871 viendront clore. En effet, l'auteur à raison, ces épopées féminines "ne cadrent plus avec le sort réservé à la femme dans les sociétés constituées",  occidentales et bourgeoises, à mesure que s'élèvent la pression des idées morales et religieuses. 

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L'hybride, entre poilu et cantinière.
 Il fallait l'inventer... la poiluse ! (coll. Pineau)
En ce début du 20e siècle "l'assistance féminine en temps de guerre" est donc à définir, d'autant  plus que les sociétés de la Croix-Rouge française se développent et que les cantinières sont en train  de disparaitre. Des femmes armées ? Impensable. C'est, bien entendu, la délicatesse et l'altruisme  qui intéressent chez la femme : "la femmes est entraînée vers les oeuvres d'assistance aux blessés  militaires par sa nature éprise d'enthousiasme et de dévouement. Aller vers la souffrance dans  le décor des fins de bataille, dispenser la douceur après la violence des luttes : c'est réaliser les  rêves de son imagination et les aspirations de sa charité." Les velléités guerrières de la femme  moderne ont donc aux yeux de Legrand une dimension imaginaire dans l'esprit de ces dernières  à laquelle il faut répondre par l'obtention d'un rôle charitable. Car, "en effet, l'organisme féminin  n'est pas adapté par la nature aux secousses rudes et continues des luttes violentes". C'est donc en  s'appuyant sur des notions biologiques, physiques, que Legrand met un terme à toute possibilité  d'une participation combattante des femmes en temps de guerre. Nous sommes donc loin du  choix des rois du Dahomey qui firent des femmes, les Agolledjes, le corps d'élite de leur armée. 

Dotées d'uniformes, armées de fusils, de machettes ou de casse-tête, enrégimentées, ces dernières combattent d'ailleurs nos troupes coloniales lors des campagnes du Dahomey de 1890 puis de 1892  à 1894, affrontant même les hommes de la Légion dans de violents corps à corps. "Leur vigueur,  leur agilité et leur bravoure étonnèrent" les militaires qui se trouvèrent face à elles. 

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Femme représentant Jeanne d'Arc, 1935. (coll. Pineau)
Femme représentant Jeanne d'Arc, 1935. (coll. Pineau)La femme combattante en France est donc un fait impensable, considéré comme une farce de  mauvais gout à la limite de l'érotisme voire de la pornographie. La presse comme la carte postale  n'y voient qu'un travestissement qui portera atteinte aux bonnes moeurs. La guerrière a donc sa  place dans la légende antique (Walkyries, Amazones, déesses, etc.). Il est toujours plus facile de  magnifier le passé que de répondre au présent... Terminons par ces quelques lignes empruntées au  colonel Romain dans Les Guerrières, paru en 1931 : "C'est dans l'imaginaire qu'est l'enthousiasme, c'est dans le coeur qu'est le dévouement. Les femmes sont donc plus naturellement héroïques  que les héros. Et, quand cet héroïsme doit aller jusqu'au merveilleux, c'est d'une femme qu'il faut  attendre le miracle. Les hommes s'arrêteraient à la vertu." Des propos à méditer ?


Article écrit par Frédéric Pineau




dimanche 16 mars 2014

Présentation du blog "Françaises sous l'uniforme"

Internet peut s'avérer être une invention géniale lorsque des personnes passionnées se donnent la peine de partager leur savoir (et leur savoir-faire) et cela simplement par enthousiasme pour leur domaine. Les auteurs de Françaises sous l'uniforme, 1851-1993 font partie de ces gens là et leur blog est entièrement consacré aux femmes dans l'armée française. Vous y trouverez des articles très différents mais toujours autour de ce sujet : femmes célèbres, analyses de l'image et du statut de la femme militaire, les différents postes occupés par les femmes dans l'armée mais également une recherche détaillée sur les uniformes en tant que tels ainsi que des présentations de livres ou évènements culturels et même des interviews ave des spécialistes. Je vous invite donc à visiter leur blog riche en informations et n'hésitez pas à les contacter pour un coup de main ou plus d'informations sur leur sujet de prédilection. Ces historiens et collectionneurs sont en effet très aimables et ils se feront un plaisir de vous aider.

Voici un extrait de l'un de leurs articles qui recoupe également le thème des femmes guerrières.

Image : Fatima l'une des rares combattantes de l'armée française de la Grande Guerre (Mots-clés : Fatima, spahis, amazones, Première guerre mondiale)
Il faut remonter aux origines de la création du corps des spahis pour trouver une particularité de recrutement. Vers 1840, le spahi vit avec sa famille hors des quartiers (casernes) de cavalerie, sur des terres plus ou moins éloignées. Il ne rejoint son corps qu'en cas d'opération militaire. Mais cette possibilité ne dure pas, leur vie quotidienne s'établit alors dans les quartiers prévus à cet effet, tandis que leurs familles ne sont plus autorisées à les suivre lors des déplacements.

Fatima se trouve à droite du cliché, sur le cheval à robe claire. Elle porte le turban. Image tirée du Miroir numéro 81 du dimanche 13 juin 1915. 


C'est en rassemblant quelques escadrons auxiliaires de spahis Marocains que fut formé, en août 1914, le régiment de marche de chasseurs indigènes à cheval. Celui-ci prit le nom de régiment de marche de spahis marocains en 1915, nom qu'il conserve jusqu'en 1920. En France, ce régiment participe à la bataille de la Marne et se trouve engagé dans "la course à la mer" de décembre 1914, puis envoyé en Macédoine au sein de l'armée d'Orient. Il y est félicité pour le fameux raid sur Uskub (Skopje en langue slave) de septembre 1918 qui empêche le repli d'une partie de l’armée allemande venue aider Bulgares et Turcs.

Pendant la Grande Guerre, une femme d'Afrique du Nord se prénommant Fatima sert dans un régiment de marche de spahis Marocains. Déguisée en homme, en toute illégalité, afin de suivre son amant (un lieutenant), elle s'introduit dans un transport de troupes à destination de la France. Dans l’ouvrage Un homme d’aventures, tome 1 d’Henri Dupertuis, l’auteur mentionne ce fait rapporté par son père le général Dupertuis (alors lieutenant-colonel du régiment concerné). Malgré son déguisement et, certainement, la complicité d'autres spahis, elle est découverte à son arrivée en métropole. Qu'à cela ne tienne, elle n'est pas renvoyée en Afrique du Nord et se voit autorisée à demeurer avec les spahis le temps de leur séjour en métropole. Elle participe aux combats contre les Allemands, mais lorsque son régiment prend la direction de l'Orient, en 1918, elle rentre vraisemblablement au Maroc.

La photo de Fatima à cheval se situe au cours de la "course à la mer", fin 1914, lorsque, après la stabilisation du front, les spahis furent employés comme escorte des prisonniers Allemands ou pour le convoyage du ravitaillement.
Auteur : Alain Chiron* (adaptation et corrections de Frédéric Pineau)

*Alain Chiron est chroniqueur sur le site internet “Ceux de 14- Maurice Genevoix. Son texte est composé à partir d’informations fournies par le Musée des Spahis à Senlis (à qui appartient la photographie) et par ailleurs d’un échange avec Thierry Moné auteur du livre Du Burnous rouge au burnous bleu : les spahis du 1er Marocains dans la Grande Guerre

Source: http://femmesenuniforme.blogspot.nl/2012/09/image-fatima-seule-femme-combattante.html